Mon expérience personnelle et mon constat
J’ai toujours pratiqué la randonnée, depuis que je suis capable de marcher. Jusqu’alors, je ne m’étais jamais posé la question de ma légitimité à pratiquer la randonnée seule en tant que femme. La question ne m’est même jamais venue à l’esprit.
Probablement parce que c’est une pratique quasiment innée pour moi, et que j’ai pu bénéficier d’un « rôle modèle » : une maman qui organisait toutes les vacances randonnées… et un papa qui suivait.
Puis est arrivé le jour où j’ai voulu diversifier ma pratique de la montagne en commençant l’alpinisme. J’ai alors intégré des groupes de progression mixtes au sein du club alpin. J’ai été confrontée à la pratique d’un sport nouveau, que je ne connaissais pas, avec des figures modèles plutôt masculines, au sein d’un groupe mixte.
Et très vite, j’ai remarqué une chose… je me suis auto-censurée.
Les hommes du groupe n’ont jamais eu aucun comportement sexiste, ni même maladroit. Notre place, en tant que femmes, n’a jamais été remise en question. Mais voilà : le problème venait de moi. Enfin, surtout de mes croyances.
Je me suis rendu compte qu’en présence d’hommes, dans un sport que je ne maîtrisais pas, je les laissais constamment prendre le lead. Et quand on me proposait de le prendre, je n’osais pas, traversée par des pensées du type : « Il est plus fort physiquement et techniquement, je préfère qu’il passe devant. »
Sauf qu’à la fin de ce cursus de formation, je me suis rendu compte qu’il y avait certaines manip’ que je n’avais jamais réalisées, justement parce que j’avais cette peur en moi. Résultat : mon gain en autonomie était limité par rapport aux autres membres du groupe.
Un peu par hasard je me suis retrouvée sur certaines sorties en montagne uniquement entre femme. Et c’est à ce moment-là que réalisé les « bienfaits » de la pratique entre femmes.
D’abord, j’ai arrêté de me comparer — ou plutôt de me dévaloriser. J’évoluais enfin sur une vraie égalité de pratique, sans m’auto-censurer.
Tout simplement parce que :
1° Je n’avais plus peur d’oser : On était deux femmes, pas le choix. Même si on n’avait pas la même force physique que des hommes, il fallait sortir. (Et spoiler : on a toujours eu largement les capacités physiques.)
2° J’avais un rôle modèle : Même si parfois j’évoluais avec des femmes d’un meilleur niveau, je me disais que si elles étaient capables de le faire, alors moi aussi.
3° Je recevais d’autres types de conseils : Ça peut paraître bête, mais parfois certains conseils sont plutôt valables pour des hommes que pour des femmes (et inversement). Et souvent, entre femmes, les conseils donnés… étaient tout simplement meilleurs pour moi !
C’est quelque chose que j’ai beaucoup constaté en escalade. Certains hommes, de par leurs capacités physiques naturelles, ne se rendent pas forcément compte que quand on ne les a pas, il faut adopter une autre stratégie, souvent plus technique. Logique : nos corps, chez les hommes et les femmes, sont construits différemment, et on aurait tort de l’ignorer ! Résultat : le conseil donné n’est pas toujours très adapté.
Bref, je me suis rendu compte que si je voulais vraiment progresser dans en escalade et alpinisme, j’allais devoir pratiquer uniquement avec des femmes pendant un temps, avant de pouvoir revenir vers une pratique en mixité.
La non-mixité, une fin en soi ?
La non-mixité est parfois perçue comme une position radicale. Pourtant, dans certaines pratiques de montagne, elle peut simplement être un outil pour se sentir plus libre et plus en sécurité.
L’idée de pratiquer en non-mixité n’est pas (forcément) une fin en soi, mais plutôt un passage parfois nécessaire pour certaines femmes qui en ressentent le besoin, afin de prendre confiance en elles dans une pratique.
Ceci dit, en y réfléchissant un peu, je pense que la réponse pourrait être un peu plus nuancée.
Dans une société où les remarques et agressions sexistes et sexuelles sont courantes dans tout l’espace public (même en montagne), on peut finir par se dire qu’en tant que femme, si l’on veut être sûre d’avoir la paix et ne plus prendre de risque, ne pratiquer définitivement qu’entre femmes peut être une solution…
Selon les expériences personnelles de chacune, dans une pratique de montagne où parfois la promiscuité est inévitable (par exemple un dortoir en refuge), je peux comprendre que la pratique en non-mixité finisse par être une des solutions envisagées pour se sentir en sécurité.
Idéalement, la non-mixité ne devrait pas être nécessaire. Mais dans la réalité que vivent beaucoup de femmes aujourd’hui, elle peut parfois être simplement un moyen de retrouver de la liberté dans la pratique de la montagne.
L’importance des rôles modèles
Dans un cadre 100 % féminin, c’est aussi l’occasion d’être confrontée à plein de rôles modèles ! Chacune, les unes pour les autres, on s’inspire et, petit à petit, on arrête de se dire que finalement on n’est pas capable. Si l’ensemble du groupe peut le faire, alors individuellement, c’est possible aussi !
Un rôle modèle n’a pas besoin d’être une athlète exceptionnelle pour que l’on puisse s’en inspirer, bien au contraire… Personnellement, je trouve que les athlètes, de par leurs capacités athlétiques exceptionnelles — justement hors norme — sont parfois des figures auxquelles il devient difficile de s’identifier en tant que pratiquante amatrice. À titre personnel, j’ai plutôt besoin d’être confrontée à des personnes que l’on qualifierait de « normales » pour m’inspirer et me dire que, pour moi aussi, c’est possible !
C’est aussi cela la force d’un groupe 100 % féminin : il existe alors autant de rôles modèles, qu’il y a de personnes au sein du groupe !
C’est donc pour toutes ces raisons que j’ai eu envie de proposer des stages en non-mixité. Pas parce que je pense que la montagne devrait se pratiquer séparément, mais parce que je sais, par expérience, à quel point ce type d’espace peut aider à prendre confiance, oser davantage et progresser plus sereinement.
L’idée est simplement d’offrir un cadre bienveillant où chacune peut trouver sa place en montagne !
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